270e mondial, Kilian Feldbausch sort d’une saison charnière : premier titre à Kosice, première victoire sur le circuit ATP à Kitzbühel, première participation à des qualifications d’un Grand Chelem. Rencontré au Tennis Club de Genève Champel, son club d’enfance, le Genevois revient sur ses blessures, son départ à Lyon et ses ambitions.
Kilian Feldbausch revient de loin. Blessé au pied de septembre 2025 à février 2026, le Genevois a dû relancer sa saison presque de zéro. Quelques mois plus tard, il s’est offert son premier titre à Kosice dans la catégorie Challenger, sa première victoire sur le circuit ATP et un tableau de qualifications à l’US Open. À Champel, là où il a commencé le tennis à 3 ans, il fait, pour Proxisports, le bilan.
Une saison de déclics
Pour Kilian Feldbausch, le début d’année a été compliqué. « Il m’a fallu quelques matchs pour me remettre dans le coup. Mais la tournée américaine m’a beaucoup aidé, parce que j’ai enchaîné pas mal de matchs. C’était dur, avec des matchs en trois sets, mais ça m’a redonné confiance, et j’ai joué de mieux en mieux ensuite ».
Sa première victoire sur le circuit ATP, à Kitzbühel, en est le symbole. Entré en dernière minute dans le tableau des qualifications, qu’il a passées en deux sets à chaque tour, il a battu au premier tour le top 100 Adolfo Daniel Vallejo, qu’il connaissait déjà pour l’avoir affronté en juniors. « C’est toujours un plaisir de gagner dans de gros tournois comme ça ».
Une semaine plus tôt, à Gstaad, il avait poussé l’expérimenté Miomir Kecmanovic au troisième set lors du premier tour. Il y voit un déclic. « Depuis un ou deux ans, je pouvais faire des matchs serrés contre des joueurs très bien classés, mais je n’arrivais pas à tenir sur la durée. Physiquement, ils étaient toujours au-dessus. Là, il y a eu un déclic mental : je me suis dit que je pouvais le faire, et ça m’a aidé à tenir physiquement ».

Fin août, il a disputé pour la première fois les qualifications d’un Grand Chelem chez les pros, à l’US Open. Une participation qui n’était pas prévue : classé 350e en mai, il a gagné beaucoup de places très rapidement, ce qui lui a permis de rentrer dans le tableau. Il s’est incliné au premier tour face à Vilius Gaubas (3-6, 6-7). « J’avais joué l’US Open en junior, donc je connaissais un peu l’endroit. Ça enlève de la pression. J’étais très content de m’être qualifié pour New York ».
Blessures et changement de cap
Demi-finaliste de l’Open d’Australie juniors en 2022 à 16 ans, il avait alors été comparé à Roger Federer. Il a aujourd’hui pris du recul. « Au départ, ça m’a mis un peu de pression, parce que j’y pensais beaucoup. Maintenant, je me dis que je fais ma carrière, qu’il a fait la sienne. Ce sont deux carrières différentes ».
Les blessures, dont huit mois d’arrêt à cause de la hanche, l’ont ensuite freiné. « Quand on est jeune et que tout le monde t’attend, huit mois d’arrêt, ça embête beaucoup. Tu dois tout recommencer à zéro ». Il n’a pourtant jamais douté de revenir. « Je pensais juste à retourner sur les terrains. Ce qui me manquait le plus, c’était la compétition ». Sa famille, ses amis et ses sponsors l’ont soutenu pendant cette période. « Je suis bien entouré ».

Il en a aussi tiré des enseignements sur la gestion de son corps. « Je me comprends mieux en tournoi. Je sais quand je commence à être fatigué et lorsque je risque de me blesser. J’ai appris qu’il vaut mieux sauter un tournoi que de continuer à enchaîner chaque semaine au risque de me blesser ».
Le Genevois s’entraîne désormais à Lyon, avec Antoine Pastrana, qui a pris la suite de sa mère, Cathy Caverzasio, ancienne joueuse professionnelle, avec qui il avait travaillé pendant des années. « J’avais besoin de partir de Genève et de voir autre chose et je l’ai trouvé à Lyon. Avec Antoine, ça se passe très bien. Il y a une belle équipe qui nous soutient tous les jours, et beaucoup de joueurs pros avec qui s’entraîner. Ça crée une bonne ambiance ». Sa mère reste malgré tout présente. « Elle me donne toujours des conseils quand j’en ai besoin, mais elle a plutôt la place de maman que de coach maintenant ».
Genève dans un coin de la tête, le sommet en ligne de mire
Revenir au Tennis Club de Genève Champel est toujours un plaisir pour Kilian. « J’y suis depuis l’âge de 3 ans, ça me procure beaucoup de souvenirs car c’est mon club d’enfance ». Il n’y vient plus beaucoup, puisqu’il passe sa semaine à Lyon, et rentre parfois à Genève le week-end entre deux tournois. Cette année, il a pu jouer les qualifications du Geneva Open grâce à une wild card. « J’étais très content de jouer devant ma famille et mes amis. Toute l’année, tu ne joues pas en Suisse. C’est comme si tu n’as pas de pression, mais tu as l’adrénaline, l’envie de bien faire et c’est ce qui te rend heureux ».

Partir pour progresser, c’était, selon lui, inévitable. « Il n’y a pas beaucoup d’infrastructures en Suisse, à part la fédération. Il n’y a pas d’académie avec beaucoup de joueurs pour s’entraîner. C’est soit la fédération, soit rien. J’avais le choix entre la France et peut-être l’Espagne ». Sur le tennis suisse, actuellement sans joueur dans le top 100, il reste optimiste. « Après Roger et Stan, c’est difficile, car on est un petit pays. Beaucoup de joueurs, dont moi, ont été freinés par des blessures. Mais je pense que plusieurs joueurs Suisses peuvent atteindre un bon niveau ».
Que lui manque-t-il pour s’installer durablement sur le circuit ATP ? « Un peu de tout encore. Mon objectif, c’est de monter tout en haut. Je travaille sur tous les aspects de mon jeu et de mon physique ». Le tournoi qu’il rêve de gagner : l’Open d’Australie. « Je n’essaie pas trop de me projeter. L’essentiel, c’est de progresser chaque jour et de garder le plaisir de jouer ».
Prochaine échéance : l’Open de Brest, tournoi du circuit ATP Challenger, du 26 octobre au 1er novembre.
Photo de couverture : @_zuodarfoto








